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...ou Juste pour le plaisir des yeux, numéro 26/357 ou quelque chose du genre, je perds le compte ;)
Il se trouve que je suis présentement bouleversée par la beauté de ce petit tableau de Petrus Christus :
Plus que les qualités esthétiques mêmes du tableau - contraste entre la blancheur laiteuse de la carnation et du col de fourrure et les tonalités sombres du hennin, du collier, du fond - c'est ce visage qui me fascine. L'amande presque asiatique de ces yeux sans cils, à peine rehaussés d'une ombre de sourcils, la bouche petite, qui semble hésiter entre la moue et l'esquisseimperceptible d'un sourire, l'arrondi lunaire du visage... Rien d'étonnant à ce qu'on ait surnommé "la Joconde du Nord" cette jeune fille plus qu'intrigante, elle qui semble poser, dans ce visage si lisse, si lumineux, mais à l'expression si opaque, une énigme plus profonde encore que sa sœur italienne...
Pour la petite histoire, je crois qu'on ignore encore qui était cette
dame. Elle porte, paraît-il, des vêtements français (alors que le
peintre était de Bruges, soit en territoire bourguignon, et non
français, à l'époque), et il semble, en tout cas, que le "portrait"
soit fortement - plus qu'idéalisé, conceptualisé par Petrus
Christus. Œuvre tardive du peintre, il marque aussi une grande
nouveauté dans l'art du portrait flamand, puisque le modèle n'apparaît
plus ici sur un fond neutre indéfini, mais dans un intérieur réel (le
mur à l'arrière, garni de panneaux de bois).
En faisant quelques recherches sur ce tableau, je suis tombée sur une photo de Desiree Dolron,
photographe néerlandaise qui a rencontré un jour, par hasard, dans la
rue, une jeune femme qui ressemblait étrangement à celle du tableau de
Petrus Christus. Elle a décidé de faire son portrait, puis l'a
retravaillé, retouché, poli, pour recréer l'image de la jeune fille du
portrait.
Jugez-en vous-mêmes:
Toute cette série des Xteriors est d'ailleurs d'une grande
beauté formelle, je trouve, une splendeur glacée qui m'attire par sa
froideur même... sans avoir l'interpellante profondeur de la jeune
fille du tableau.
Vassili m'avait déjà conquise, mais une fois encore, les enfants, c'est officiel : je suis amoureuse.
Bon, soyons honnêtes, j'y connais rien en photo. Peanuts. Mais l'annonce d'une exposition à la galerie Espace Art 22 à Bruxelles m'a nonobstant particulièrement interpellée.
Sérieusement, regardez-moi ça?
Dérangeant, inquiétant, repoussant, voire laid, tout simplement, dans son traitement déshumanisant des visages qui deviennent de porcelaine aseptisée... mais dans toute sa laideur voulue et revendiquée, l'oeuvre d'Oleg Dou est aussi, je trouve, absolument fascinant. Et la laideur se nimbe de beauté glacée...
...qui en devient légère, gracieuse, éthérée...
...ou quand les photographes jouent sur les oeuvres des grands maîtres d'antan. Des détournements par-delà les frontières de culture ou de sexe, parfois ludiques, toujours intéressants.
Inspiré de Manet, Yasumasa Morimura s'est mis en scène deux fois dans cette photo, en Olympia et en servante (d'où le titre, "futago": "jumeaux"/"jumelles").
Le tissu sur lequel il est couché est en fait un kimono de mariage; le chat noir à droite est dans l'attitude typique du manekineko japonais.
Dans sa série des History portraits/Old masters, Cindy Sherman reprend les attitudes de tableaux célèbres, mais sans copier le sujet directement (à trois exceptions près, dont le Bacchus du Caravage). Il s'agit plus de portraits "à la manière de" (comme son Elegant Lady, basé sur les portraits de Mme Rivière et de Mme Moitessier, par Ingres).
Elle se met toujours en scène dans chaque photo, à grand renfort de perruques et de prothèses.
Hiroshi Sugimoto s'inspire de divers tableaux (portraits de Holbein, la Cène de Léonard, etc.) et les reproduit en plaçant des mannequins de cire dans un décor, et en s'efforçant de reproduire l'éclairage naturel utilisé par le peintre dans le tableau original.